vendredi 23 juin 2017

Les ailes roses

J'attendais les pentes raides et caillouteuses du Mont des Dieux.
Et au final, par un concours de circonstances, ce dernier est resté mystérieux, indistinct, lointain au delà des plaines, flou à travers l'écran vibrant de la chaleur estivale.
Alors ce fut le Delta, dans la lumière du soir.
Avec des éclairs sur la montagne divine, et de gros nuages noirs au lointain.
Ce morceau de terre qui a été crée par des millénaires d'érosion de montagnes, de poussières de cailloux, grignotant un peu de terrain sur la mer, lentement.
Là-même où est cultivé le riz.
Où paissent les chevaux sauvages.
Et où les chinois pêchent les crabes bleutés.
Il y avait des milliers d'ailes dans le ciel.
Des moustiques par centaines.
Et des oiseaux.
Partout.
De toutes les tailles.
Des cigognes perchées sur des poteaux de téléphone.
Noires. Blanches. Rouges.
Les rizières vertes.
Et des pélicans.
Massifs. Lourds. Géants.
Tels d'antiques bombardiers.
Et juste à côté, perchés sur leurs fines jambes, les flamants.
Ils étaient rosés.
De la même couleur que le soleil tombant.
La beauté du lieu, du moment, des paysages.
Et puis au retour, alors que nous roulions déjà sur la voie rapide, en direction de la cité,
Cet éclat orangé au lointain, juste au dessus de l'horizon,
Tellement fin que je n'étais pas certaine.
Mais oui, c'était bien cela; un fil de lune.
Un minuscule ruban.
Qui s'est mis à grossir, grossir jusqu'à emplir tout l'horizon.
Une lune géante et pleine.
Ronde comme un melon, et tout aussi sucrée.
Ambrée comme une flamme et belle comme un matin d'été.
Et tandis que nous filions vers la ville, engloutis par les immeubles, la lune s'est envolée, de plus en plus petite, et de moins en moins ambrée, pour danser avec les êtres ailés, au bal des étoiles.