Printemps 1993.
Par une après-midi ensoleillée, nous avons pris la voiture, tous les 5, pour nous rendre dans le refuge pour animaux du coin.
Je me souviens d'y être arrivée.
Je n'ai aucun souvenir de l'avant, ni si nous avions réclamé un animal de compagnie (mais probablement), ni si nos parents nous avaient expliqué où nous allions. Mais nous y étions.
J'avais 5 ans.
C'était grand.
Nous sommes entrés dans le refuge. Il y avait des alignements de cages partout.
Un corridor. Puis on passait dans une autre partie du refuge avec encore plus de cages.
Nous cherchions un chaton.
Les chatons qui étaient disponibles étaient ceux qui avaient un petit carton glissé dans une petite pochette sur le devant de leur cage.
Le tout premier que nous avons observé était tout noir. Tout minuscule. Joueur.
Il n'y avait pas de petit carton sur sa cage.
Nous avons fait le tour du refuge.
Il y avait d'autres chatons. D'autres minuscules petites boules de poils.
Mais il n'y en a eu seulement un qui a capturé nos coeurs, dès le premier regard.
La petite boule noire du début.
Le premier que nous avions vu.
Il nous avait déjà adopté.
Et nous aussi.
Mais il n'avait pas de petit carton.
C'est là où mes parents ont fait la chose qui a changé la vie du chaton et de la notre.
Il s'en est fallu de peu pour qu'on adopte un autre chaton.
Ils ont demandé à un employé du refuge si le chaton sans carton était tout de même disponible.
Il l'était.
!
La minuscule boule n'avait pas encore de petit carton pour la simple raison qu'il venait d'arriver au refuge le jour même.
Il avait été retrouvé au bord d'une route.
A côté du cadavre de sa maman.
Ecrasée.
.
Nous avons pu le ramener avec nous!
Notre premier chat!
Le début d'une histoire de complicité et d'amour profond.
Mes parents avaient préparé une petite boite en carton avec un linge ou un coussin, ouverte sur le dessus.
Je n'avais aucune expérience des chats au préalable.
Je me souviens que le petit chaton essayait de se sauver du carton pendant le voyage et que je ne savais pas trop comment faire pour le faire rester dedans.
Lorsque nous sommes arrivés à la maison, il a filé se cacher sous le canapé et y est resté pendant un bon bout de temps.
Nous cherchions un nom à lui donner, et mon papa a proposé Felix. Parce qu'il avait déjà eu un chat dans son enfance qui s'appelait pareillement.
Et puis il y avait le dessin animé "Felix the Cat".
Le nom est resté.
Felix.
Il a passé la nuit enfermé tranquillement dans la salle de bains.
Je me suis réveillée à l'aube le lendemain, excitée à l'idée d'avoir un petit chaton dans la maison et suis allée le libérer de son repère nocturne.
Je l'ai sorti et posé sur la moquette devant la cheminée.
La première chose qu'il a fait c'est de faire pipi sur la moquette.
Ce fut la seule fois où il a fait pipi à un endroit inapproprié.
Felix était tellement minuscule et jeune que pour qu'il puisse manger on devait mouiller ses croquettes et lui mettre les pattes dans son bol.
Il a vite grandi.
C'était un chat fantastique.
Rapidement il est devenu "mon" chat.
On avait une certaine complicité lui et moi.
Difficile à expliquer.
Ce n'était pas un gros matou paresseux.
C'était un chat de gouttière, patient et rusé. Câlin aussi.
Il était spécial parce qu'il était entièrement noir.
Sauf une dizaine de poils sur son poitrail.
Mais ils sont partis au bout d'un moment.
Il rapportait parfois des souris sur le paillasson.
Jamais à l'intérieur.
Je pouvais l'observer pendant des heures.
Il faisait un truc que j'ai toujours trouvé trop bien: il suffisait que je mette ma main devant sa bouche pour qu'il se mette à la lécher.
C'était chouette parce que nul autre chat à ma connaissance (à ce moment là) ne faisaient la même chose.
On jouait parfois à un jeu ensemble.
Je lui poursuivais à travers le jardin.
Il se laissait suivre un moment. Puis s'arrêtait et me laissait l'attraper.
Un jour je l'ai vu pleurer.
Lorsque ma soeurette lui a fait peur avec je ne sais plus quel objet et qu'il s'est retrouvé coincé dans un coin et s'est blessé à la jambe.
Des larmes de chat.
Cela fait tant mal au coeur.
Et puis un jour, lorsque j'avais 9 ans, ma maman m'a annoncé qu'on allait revenir en Helvétie et qu'on ne pourrait pas le prendre avec nous.
Mon Felix... on allait devoir le laisser là-bas... sur un autre continent.
Chez quelqu'un d'autre.
C'était difficile.
Triste.
Déchirant.
Injuste.
Probablement ce fut la meilleure option pour lui.
Mais dans mon coeur de petite fille cela ne l'était pas.
Au final on a pu lui trouver une très chouette famille.
Une des maitresses de notre école.
Une dame très sympa, qui habitait de surcroit sur la "black cat road".
Elle en a pris grand soin.
Et je crois qu'il a aimé sa 2ème vie.
Elle nous a envoyé de temps à autre des nouvelles.
Ils ont déménagé ensuite dans un endroit moins densément peuplé.
Il a probablement aimé les grandes étendues.
Les champs et les granges remplies de souris.
On est allé le voir un jour, lorsqu'on est retournés en visite dans la ville.
Il m'a reconnu.
Les chats, cela n'oublie pas de si tôt.
C'était un moment magnifique.
Et puis, plusieurs années plus tard, un jour, on a reçu un email très triste.
Il était mort.
Il était déjà vieux.
Je ne sais plus quel âge il avait.
Plus de 11 ans en tous les cas.
Il s'était fait pourchassé par des chiens et était mort.
Tristesse.
Mais je au final je crois qu'il a eu une belle vie.
Avec nous, puis avec la dame.
En ce premier jour de printemps, il aurait eu 21 ans.
:)