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jeudi 5 juin 2014

Rentrer c'est...

- avoir l'impression d'être partie pendant des mois et des mois et ne pas forcément se réjouir de retrouver son quotidien (et finir son mémoire)
- trouver qu'en Helvétie la nature est véritablement verte pétante
- mettre de grosses chaussettes et un gros pull - décalage climatique oblige
- défaire sa valise et rapporter des senteurs d'ailleurs chez soi
- trouver qu'au supermarché les cerises locales coûtent tellement chères (18.-/kg) et que les légumes n'ont pas cet air de "j'ai poussé au soleil toute ma vie" et acheter des fraises locales délicieuses
- regretter déjà les odeurs de plantes sauvages et le désordre local, et la chaleur et le vrombissement des abeilles
- se retrouver à manger toute seule pour la première fois en 2 semaines
- se faire à manger pour la première fois après 2 semaines
- être interpellée par les cris et hurlements des nouveaux voisins qui s'engueulent tellement fort
- observer avec plaisir la croissance des plants de tomate sur son balcon - et constater que les moucherons les ont bien attaqués
- découvrir que le lin commence à fleurir
- trouver des factures à payer
- découvrir avec plaisir un faire-part de naissance d'un petit bonhomme tout mignon et l'accrocher au mur au dessus de son bureau
- avoir les oreilles écorchées à entendre du suisse-allemand (j'aurai jamais cru écrire ça un jour)
- bafouiller au supermarché parce qu'on tente de dire merci à la caissière dans la mauvaise langue
- dormir enfouie sous 2 duvets dodus, bien pesants au lieu d'un petit drap léger
- se remettre a jeter le PQ dans les WC au lieu de le mettre à la poubelle
- ne pas se soucier d'avoir de l'eau chaude pour la douche
- se demander comment on va organiser son quotidien pour les prochains temps
- rechercher des recettes pour re-créer les plats locaux avec les ingrédients rapportés
- avoir des souvenirs pleins la tête et des étoiles dans les yeux.



jeudi 20 mars 2014

Felix

Printemps 1993.
Par une après-midi ensoleillée, nous avons pris la voiture, tous les 5, pour nous rendre dans le refuge pour animaux du coin.
Je me souviens d'y être arrivée.
Je n'ai aucun souvenir de l'avant, ni si nous avions réclamé un animal de compagnie (mais probablement), ni si nos parents nous avaient expliqué où nous allions. Mais nous y étions.
J'avais 5 ans.
C'était grand.
Nous sommes entrés dans le refuge. Il y avait des alignements de cages partout.
Un corridor. Puis on passait dans une autre partie du refuge avec encore plus de cages.
Nous cherchions un chaton.
Les chatons qui étaient disponibles étaient ceux qui avaient un petit carton glissé dans une petite pochette sur le devant de leur cage.
Le tout premier que nous avons observé était tout noir. Tout minuscule. Joueur.
Il n'y avait pas de petit carton sur sa cage.
Nous avons fait le tour du refuge.
Il y avait d'autres chatons. D'autres minuscules petites boules de poils.
Mais il n'y en a eu seulement un qui a capturé nos coeurs, dès le premier regard.
La petite boule noire du début.
Le premier que nous avions vu.
Il nous avait déjà adopté.
Et nous aussi.
Mais il n'avait pas de petit carton.
C'est là où mes parents ont fait la chose qui a changé la vie du chaton et de la notre.
Il s'en est fallu de peu pour qu'on adopte un autre chaton.
Ils ont demandé à un employé du refuge si le chaton sans carton était tout de même disponible.
Il l'était.
!
La minuscule boule n'avait pas encore de petit carton pour la simple raison qu'il venait d'arriver au refuge le jour même.
Il avait été retrouvé au bord d'une route.
A côté du cadavre de sa maman.
Ecrasée.
.
Nous avons pu le ramener avec nous!
Notre premier chat!
Le début d'une histoire de complicité et d'amour profond.
Mes parents avaient préparé une petite boite en carton avec un linge ou un coussin, ouverte sur le dessus.
Je n'avais aucune expérience des chats au préalable.
Je me souviens que le petit chaton essayait de se sauver du carton pendant le voyage et que je ne savais pas trop comment faire pour le faire rester dedans.
Lorsque nous sommes arrivés à la maison, il a filé se cacher sous le canapé et y est resté pendant un bon bout de temps.
Nous cherchions un nom à lui donner, et mon papa a proposé Felix. Parce qu'il avait déjà eu un chat dans son enfance qui s'appelait pareillement.
Et puis il y avait le dessin animé "Felix the Cat".
Le nom est resté.
Felix.
Il a passé la nuit enfermé tranquillement dans la salle de bains.
Je me suis réveillée à l'aube le lendemain, excitée à l'idée d'avoir un petit chaton dans la maison et suis allée le libérer de son repère nocturne.
Je l'ai sorti et posé sur la moquette devant la cheminée.
La première chose qu'il a fait c'est de faire pipi sur la moquette.
Ce fut la seule fois où il a fait pipi à un endroit inapproprié.
Felix était tellement minuscule et jeune que pour qu'il puisse manger on devait mouiller ses croquettes et lui mettre les pattes dans son bol.
Il a vite grandi.
C'était un chat fantastique.
Rapidement il est devenu "mon" chat.
On avait une certaine complicité lui et moi.
Difficile à expliquer.
Ce n'était pas un gros matou paresseux.
C'était un chat de gouttière, patient et rusé. Câlin aussi.
Il était spécial parce qu'il était entièrement noir.
Sauf une dizaine de poils sur son poitrail.
Mais ils sont partis au bout d'un moment.
Il rapportait parfois des souris sur le paillasson.
Jamais à l'intérieur.
Je pouvais l'observer pendant des heures.
Il faisait un truc que j'ai toujours trouvé trop bien: il suffisait que je mette ma main devant sa bouche pour qu'il se mette à la lécher.
C'était chouette parce que nul autre chat à ma connaissance (à ce moment là) ne faisaient la même chose.
On jouait parfois à un jeu ensemble.
Je lui poursuivais à travers le jardin.
Il se laissait suivre un moment. Puis s'arrêtait et me laissait l'attraper.
Un jour je l'ai vu pleurer.
Lorsque ma soeurette lui a fait peur avec je ne sais plus quel objet et qu'il s'est retrouvé coincé dans un coin et s'est blessé à la jambe.
Des larmes de chat.
Cela fait tant mal au coeur.
Et puis un jour, lorsque j'avais 9 ans, ma maman m'a annoncé qu'on allait revenir en Helvétie et qu'on ne pourrait pas le prendre avec nous.
Mon Felix... on allait devoir le laisser là-bas... sur un autre continent.
Chez quelqu'un d'autre.
C'était difficile.
Triste.
Déchirant.
Injuste.
Probablement ce fut la meilleure option pour lui.
Mais dans mon coeur de petite fille cela ne l'était pas.
Au final on a pu lui trouver une très chouette famille.
Une des maitresses de notre école.
Une dame très sympa, qui habitait de surcroit sur la "black cat road".
Elle en a pris grand soin.
Et je crois qu'il a aimé sa 2ème vie.
Elle nous a envoyé de temps à autre des nouvelles.
Ils ont déménagé ensuite dans un endroit moins densément peuplé.
Il a probablement aimé les grandes étendues.
Les champs et les granges remplies de souris.
On est allé le voir un jour, lorsqu'on est retournés en visite dans la ville.
Il m'a reconnu.
Les chats, cela n'oublie pas de si tôt.
C'était un moment magnifique.
Et puis, plusieurs années plus tard, un jour, on a reçu un email très triste.
Il était mort.
Il était déjà vieux.
Je ne sais plus quel âge il avait.
Plus de 11 ans en tous les cas.
Il s'était fait pourchassé par des chiens et était mort.
Tristesse.
Mais je au final je crois qu'il a eu une belle vie.
Avec nous, puis avec la dame.
En ce premier jour de printemps, il aurait eu 21 ans.
:)



jeudi 19 septembre 2013

Il y a un an...

Il y a un an, mon Grand-papa s'en est allé, vers d'autres aventures...

Lorsque j'ai appris, une dizaines de jours avant aujourd'hui, il y a un an, qu'il avait été hospitalisé, j'étais au beau milieu de mes montagnes grecques. Je ne savais pas encore si j'allais pouvoir le revoir ou non, et je suis allée m'asseoir toute seule parmi les cailloux et les arbres, au milieu des montagnes.
C'était un moment magnifique. C'était la fin de la journée, le soleil baissait, le ciel était bleu, parcouru de nuages dodus blancs qui filaient à toute vitesse, les arbres viraient à l'orange et il y avait des vols de hordes de guêpiers partout autour de moi. Après je suis rentrée pour lui faire un dessin que j'ai photographié et envoyé à ma maman pour qu'elle l'imprime et le lui remette en mains propres.
J'ai eu de la chance de pouvoir rentrer quelques jours plus tard et d'encore profiter plusieurs fois de voir mon grand-père.

Je pense souvent à lui, et même si j'essaie de plutôt penser à tous les moments que j'ai pu partager avec lui plutôt que de me morfondre sur le fait qu'il n'est plus là, il y a des moments où il me manque. Et cela me manque de ne plus pouvoir lui envoyer 15 mille cartes postales des divers endroits que je visite pour partager avec lui mes péripéties.
Cette année fut la première année de toute ma vie où je n'ai pas reçu de téléphone/sms de lui pour me souhaiter un joyeux anniversaire. Et cela m'a fait tout bizarre.
Il était mon dernier grand-parent...

Mon Gramps dans une de ses tactiques super
efficaces anti-photos :)


mardi 19 mars 2013

il y a un an

Il y a un an, à 2 jours du printemps, les environs de ma ville ressemblaient à ça:


Et 7 jours après le début du printemps, le cerisier derrière chez moi se transformait en boule blanche vibrante, bouillonnante de vie et magique.
Aujourd'hui il y a aussi de la blancheur... d'un autre type. Il fait 1°C et il y a de la NEIGE!!!! et des flocons GIGANTESQUES! de la taille d'une soucoupe volante d'oeuf à la coque sisi (ok, j'exagère, mais presque!). J'aime bien ces comparaisons d'année en année. Sauf que d'année en année j'oublie comment c'était l'année précédente. C'était comment en 2011? Et en 2010? :D
Joyeux printemps!



jeudi 14 mars 2013

Souvenirs, souvenirs - la plaine alluviale part I.

Cher P.
Il y a 8 mois, le 14 Juillet 2012, on était au beau milieu de la Grèce, en Ευρυτανια. On avait dormi à Μικρο Χωριο mini bled pittoresque où les gens ne parlent que le grec (avec un gigantesque platane sur la place du village et de l'eau de source à laquelle la taverne et les ainés du coin remplisent leurs carafes, et qui rafraichit les pastèques), un peu au dessus de Μεγαλο Χωριο (z'ont de l'inventivité dans le coin pour leurs noms de villages). Toute la région est magnifique. Des forêts gigantesques d'Ελατο (de sapins (Abies cephalonica)), des montagnes, des rivières avec des lits alluviaux immenses, etc. etc. Cela doit être pas mal pour randonner (ou aller à la recherche d'arbres gigantesques). 
Toujours est-il que ce funeste matin là, on est partis de bonne heure en direction de Καρπενησι, la grande ville du coin, pour ensuite prendre la route qui part en direction du nord, pour se retrouver sur la rive gauche du grand fleuve qui est de l'autre côté de la montagne à l'ouest de Karpenisi (si vous regardez sur une carte vous verrez très bien de quoi je parle). Tu étais à la recherche d'une plante, dans les alentours. De ce fait, nous sommes sortis (une fois n'est pas coutume) des sentiers battus pour prendre une route terreuse (je précise bien terreuse et pas caillouteuse). Les routes en Grèce étant souvent terreuses dès qu'on sort des routes principales. On s'est engagés sur cette route après Στενωμα. C'est la route qui continue à longer la rivière, au N-W de Sténoma. Elle fait quelques zigzags puis une fourche. La fourche de droite remonte vers le nord pour ensuite traverser la grande rivière. Nous avons pris la route de gauche. Celle qui suit les méandres de la rivière, en direction du sud, en restant sur le flanc gauche. Peu de temps après la bifurcation, la route croise une rivière qui conflue vers la rivière principale. La piste travers le lit graveleux du confluant. La piste terreuse se transforme en lit de rivière fait uniquement de cailloux aplanis un tant soit peu par le passage de véhicules. Oui cher P. C'est là, où en écoutant Simon and Garfunk et par 40°C à l'ombre que tu as roulé trop vite. Tu roulais souvent trop vite d'ailleurs, à mon goût. Surtout dans les virages où tu freinais au dernier instant et sur les routes non goudronnées. C'est là où à l'apogée de la chanson la voiture a fait un bond et a tapé violemment un gigantesque caillou plat et l'a entrainé dans son sillage. J'entends encore le bruit résonner dans mes oreilles, et l'injure que tu as poussée. Oui cher P. Si tu étais allé plus lentement on n'aurait pas rebondi avec autant de force. Si tu étais allé plus lentement, tu aurais vu le gros caillou qui dépassait parmi ses confrères. Tu as regardé sous le capot, coupé le moteur et juré encore plus fort et plus longuement. J'ai eu peur. Effrayée par le bruit gigantesque du caillou percutant la tôle de la voiture et se faisant emporter avec la tonne de la machine. J'ai compris à ce moment l'expression "avoir la chiasse". Parce que mes intestins se sont tordus un bref instant (en passant, j'ai ressenti seulement 3x ce sentiment, dont 2x en ta présence) et  j'avais le coeur qui battait à 200 coups/min. Tu as juré encore plus en voyant la tache d'huile noire qui recouvrait délicatement, mais à une vitesse effrénée les cailloux blancs de la route. Oui cher P. tu avais perforé le réservoir d'huile. Un gros trou béant qui a vidé en peu de temps toute l'huile et qui nous a empêché de redémarrer la voiture. Nous étions loin de la route principale. Loin de tout, et pourtant si proches. De l'autre côté de la rivière nous pouvions entendre le bruit de machines. Il y avait une gravière. Mais la plaine alluviale s'étendait sur une bonne distance à ce niveau là de la rivière et la rivière était rapide et profonde. 
Tu as dit "on fait quoi maintenant?". Je ne savais pas. Mais j'ai improvisé. Je t'ai dit de laisser rouler la voiture en roule libre sur la pente le plus loin possible. Parce que cela nous ferait avancer un peu, au moins. Heureusement nous avions une carte assez détaillée de cette partie de la Grèce. Parce que comme ça nous avons pu définir dans quelle direction était la route principale la plus proche. Elle était tout de même bien loin cette route avec le pont qui enjambait la rivière. Loin en aval. Et il n'y avait pas de village tout près. Sur la rive droite il y avait certes, bien après le pont, et en amont, un minuscule bled nommé Παρκιο. 
Tu as fait rouler la voiture en roule libre et j'ai suivi à pied. Ravalant ma panique. On a sorti nos affaires les plus essentielles de la voiture, j'ai pris le peu de nourriture qui nous restait (parce que c'était déjà le début de l'après-midi et qu'on n'avait pas encore mangé), toute l'eau restante et un chapeau, de la crème solaire et mon sac et nous avons marché. On a laissé la voiture au milieu de la caillasse. Sous le soleil tapant. Tu ne voulais pas manger. Moi j'ai mangé un concombre et une nectarine en marchant. Cela m'a fait du bien. Il faisait tellement chaud que l'air qu'on respirait était plus chaude que mon corps. C'était  un des jours les plus chauds en Grèce cet été là. J'étais trempée au bout de trois minutes. Là, sur les cailloux de la rivière, peut-être qu'il faisait encore plus que 40°C. Nous avons marché, une bonne partie de la route était à découvert. Au soleil. Tu ne disais rien. Je ne sais pas à quoi tu pensais. Après un moment nous avons appelé l'agence de location. J'ai appelé. Moi qui ai peur de téléphoner aux gens, j'ai appelé un type inconnu dans une langue qui n'est pas ma langue maternelle pour lui dire qu'on avait cassé sa voiture neuve et qu'on était paumés au milieu de nulle part. Il n'a pas compris où nous étions. Parce qu'en Grèce pour se situer, il faut donner le nom de la grande ville la plus proche, et pas du prochain micro bled. Il m'a dit de le rappeler lorsqu'on trouverait quelqu'un du coin qui pouvait lui dire en grec où nous étions précisément. Il a bien râlé lorsque je lui ai dit qu'on avait cassé le réservoir d'huile sur sa voiture neuve. J'entends encore sa voix. Et nous avons continué à marché. On a passé un bosquet d'arbres où il y avait une fleur spéciale qui poussait dedans. Aujourd'hui je ne me souviens plus de ce que c'était. Mais je l'ai remarquée et elle m'a aidé à retrouver le chemin au retour, lorsqu'on devait indiquer au garagiste par où passer. Parce que toi, tu n'es absolument pas visuel. On a marché un moment. J'ai gardé ma panique sous contrôle. On n'était pas au milieu de nulle part, on avait eu un contact téléphonique, il nous suffisait de continuer à marcher, peut-être quelques heures, mais on parviendrait à la grande route où l'on arrêterait la première voiture qui passerait (s'il en passait)... Je me souviens d'avoir prié que quelqu'un vienne sur notre piste désertée. Que quelqu'un soit assez fou pour y passer. On a traversé le ruisseau d'un confluant. L'eau était fraiche et douce. On a continué. Tout droit, sous le soleil. J'avais une protection contre le soleil. Toi tu t'enfichais royalement. Tu étais à torse nu et tu cramais. On a continué et la plaine alluviale à notre droite s'est encore élargie. On a du marcher environ une heure et on n'avait même pas fait le tiers du chemin. J'avais ce sentiment de "je vais y arriver, on va se sortir de ce pétrin" dans le ventre. A environ la même distance que la distance entre où on a laissé la voiture et le ruisseau confluant, dans le sens en aval du ruisseau, la piste s'infléchit un peu en direction de l'ouest. un petit mini coude dans la route. Il y avait de l'ombre, et c'est là qu'on a entendu un bruit derrière nous...

La suite un autre jour. 
Je vous laisse avec une photo prise depuis avant l'accident, en surplombant la rivière. 

Vue sur la belle plaine alluviale, en direction du sud. La route est visible sur la gauche entre les arbres. La voiture est morte un peu hors de la photo dans le coin inférieur gauche, parmi les cailloux et la route continue ensuite après être passé entre les arbres le long du flanc gauche de la rivière dans la zone brunâtre, bien sûr à découvert.