vendredi 21 août 2015

Le garçon aux oiseaux

Les vitres de la serre étaient recouvertes de buée sur presque toute leur hauteur et je ne percevais que le sommet des plantes les plus grandes.
Tout à coup, la cime d'un arbre se mettait à trembler et quelques feuilles se détachaient du sommet. Et puis une autre plante semblait trembler, et puis encore une autre, puis à nouveau la première.
Ce manège dura plusieurs minutes, et depuis l'extérieur de la serre je me suis demandée qui pouvait bien secouer les plantes de telle manière.
Un jeune garçon émergea peu après de la chaleur moite de l'édifice.
14 ans peut-être.
Jeans, sweat shirt bleu marine... ou peut-être qu'il portait un blouson. Je ne sais plus.
Ce qui frappait le plus chez lui était son regard.
Un regard fixe qui ne s'arrêtait sur rien, qui ne balayait pas les alentours.
Il regardait le monde du coin de l'oeil, un peu en biais.
Je me suis demandée ce qu'il fabriquait là. S'il avait tenté de cueillir les fruits des arbres tropicaux (ce qui expliquerait les mouvements des cimes des arbres, mais il ne me semblait pas qu'il y avait quoi que ce soit de comestible dans la serre) et repartait avec son butin caché dans une poche.
Mais il tournait autour de la serre, le regard vers le haut, vers quelque chose que je ne pouvais pas voir.
Il hésitait d'y retourner ou non.
Et puis il s'avança vers la rangée de pommiers située tout proche.
S'arrêta sur ses pas. Tendit une main.
Couru jusqu'à la haie.
Rebroussa chemin, et puis retourna dans la serre.
Tout cela sans regarder autour de lui; toujours fixant le monde du coin de l'oeil.
C'est lorsqu'il s'est avancé vers les pommiers que j'ai compris ce qu'il faisait.
Il tentait d'atteindre les oiseaux.
Il avait suivi l'envolée de moineaux depuis les pommiers jusqu'à la haie derrière laquelle ils avaient disparu et puis était retourné dans la serre où plusieurs passereaux voletaient parmi les cimes.
C'était plus facile dans la serre, le toit limitait leur dispersion et la hauteur à laquelle ils s'envolaient.
Il secouait les arbres encore, et encore, dans l'espoir vain d'y déloger un minuscule hôte et de pouvoir l'attraper, ou du moins le toucher.
Il tendait la main vers ces boules virevoltantes; vers quelque chose qui ne faisait de sens que pour lui; vers quelque chose qu'un jour il pourrait peut-être atteindre...

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