vendredi 2 août 2013

l'île où les montagnes sont au sud

Je suis arrivée à destination, sur une île grecque, loin au sud.

J'ai pris un avion à hélice. Les hélices tournent en direction de l'avion. J'me suis faite la réflexion que si l'hélice se décrochait, elle trancherait nette la coque de l'avion et les occupants sur les sièges de la dite rangée. Etrange pensée. Micro avion tout petit. J'ai cru que mon sac à dos n'entrerait pas dans le porte bagage tellement ils étaient petits. j'ai du forcer un peu. Et puis le vol se fait totalement au dessus de la mer. 55 minutes de vol, plein sud. Et, en arrivant, on opère un virage sec de ca. 180° pour arriver sur la piste, tout en survolant la mer. On descend très bas, toujours au dessus de la mer. Tellement bas qu'on aperçoit les gens sur les bateaux de pêche. Et puis le sol apparait sous nos yeux, une terre ocre, avec des pins très bas. Et les montagnes à l'horizon.
J'ai vu le coucher du soleil peu avant l’atterrissage. Mon 1er coucher de soleil pour le premier soir. Gros et rouge.

Je dois avouer que j'ai toujours des problèmes d'orientation lorsque je suis en plaine sur cette île. Pourquoi? parce que chez moi, en Hélvétie, le point de repère géographique le plus flappant est la chaine du jura, qui indique plus ou moins le nord. Ma boussole interne me dit "montagnes au nord", et paf, je ne suis plus perdue.
Souvent, lorsque je suis dans un pays côtier, méditerranéen, je me retrouve avec la mer au sud, ce qui constitue un point de repère parfait aussi. le continent au nord, la mer au sud.
Hélas, ici, sur cette côte ci de l'île hellenique, les montagnes sont au SUD, et la mer au NORD. Quel paradoxe pour moi. Je deviens toute embrouillée et je ne m'y retrouve plus du tout dans mes estimations de où je suis. La mer au nord, les montagnes au sud. C'est vraiment très dur pour mon cerveau à concevoir ce phénomène. mer au nord, montagnes au sud.
Remarquez, cela me fait cet effet seulement en plaine. Dès que je monte dans les montagnes et que je me retrouve entourée de montagnes, mes problèmes d'orientation cessent de me perturber.
mer au nord, montagnes au sud. mer au nord, montagnes au sud.

J'ai pris le taxi depuis l'aéroport. Le bus était dans 45 minutes. Cela m'a coûté 10x plus cher que le bus, mais j'ai bien fait, parce que cela a pris du temps pour arriver à destination tellement la circulation est dense et chaotique. A un moment donné, mon chauffeur était au téléphone sur 2 portables différents. Ca m'a fait rire. C'est tellement typique.

Je suis dans mon hôtel. Dans une mini chambre à deux lits. Quel lit choisir? Grand paradoxe. Il manque le prince charmant pour le 2ème lit. La chambre n'est pas carrée, le mur du coin est de biais. J'ai un mini balcon rien que pour moi avec une micro table, 2 micro chaises. Je n'ai pas encore compris comment fermer la porte sans devoir tirer dessus de toutes mes forces pour la verrouiller.
L'hôtel est simple. un peu passé, mais exactement ce qu'il me faut, avec cette odeur caractéristique qu'on beaucoup d'hotels.

J'ai voulu ressortir m'acheter un truc à boire ou à manger. mais je n'ai pas trop faim, les supermarchés sont déjà fermés, et je n'ai pas eu le courage d'aller m'asseoir à une terrasse encore. Il y a trop de gens. Partout il y a des gens. Les rues sont embouteillées, les rues piétonnes aussi. Je dois tâter le terrain avant de me lancer. Je n'ai encore jamais mangé seule à un restaurant. Comment choisir où aller? Pour moi qui suis tellement indécise, et qui aime prendre l'avis d'autrui avant de me décider, cela demande de sortir de mes petits souliers tout ça.
J'essayerai et je vous redonnerai des nouvelles.

J'ai fait un rapide passage dans le quartier du cuir de la ville. Pensez "mini ruelles avec des mini échoppes". Il y a peut-être 20 ans, ces échoppes vendaient les meilleures bottes de montagne de la région. Les trucs qui résistent au calcaire et qui soi-disant ne vous font pas mal aux pieds.
Aujourd'hui, rares sont les marchands de bottes. C'est plutôt devenu un truc mega touristique. Il y a des zillions de sacs en cuir de tous les formats et goûts. Y'a des trucs très jolis, jolis, et je dis pas que je repartirai pas avec un sac en cuir dans la valise. Il y a aussi des tongs et sandales diverses à revendre. Et plein d'autres choses pour les touristes, des choses plus ou moins traditionnelles, plus ou moins kitches.
Mais ce qui marque c'est l'odeur du cuir. Tenace, profonde. J'y retournerai rien que pour l'odeur.

C'est tout pour ce soir. Je suis cuite et recuite comme un biscuit. Je vais aller dormir pour attaquer la journée de demain avec entrain. J'ai plein de choses à faire et à régler.

Ambiance, ambiance...
Kali nixta

Qui a envie de s'acheter une fourrure chaude
lorsqu'il fait 34°C?


stin Ellada...

yeia sas!
Eimai stin Ellada, et j'ai pas le clavier grec sur cet ordi, alors voilà.
Je suis en transit à l'aéroport d'Athènes. 3 heures d'attente devant moi.
Le vol depuis l'Hélvétie fut un tantinet épique à l'arrivée, et parcouru de soubresauts aériens, mais pas de trous profonds où retomber et rebondir.
Mon petit voisin de derrière a vomi tout le contenu de son repas pendant qu'on atterrissait. Un jet de vomi. Ils n'ont pas réussi à trouver les sacs à vomi à temps. Le pauvre petit. Tellement triste de lui-même, d'avoir vomi et d'être tout gluant et puant. C'était triste à voir. Heureusement tout le monde a été aimable et sympa. Une vraie chaîne de mouchoirs sont arrivés pour tenter de l'éponger pendant que l'avion finissait sa descente. Il n'avait pas supporté les soubresauts de l'avion, et l'excitation du départ en vacances.

Je ne voyais pas très bien par la fenêtre, étant assise au couloir, avec 2 personnes devant la fenêtre.
La 1ère vue de la Grèce: les collines autour de l'aéroport. Du brun-rouge, parsemé de mini taches sombres, des buissons probablement. Et puis sur la 1ère colline, à l'est: un gros nuage beige pâle, suivant la direction du vent. Oui. La Grèce en été et les feux de forêt ou de brousse... Première fois que j'en vois un en Grèce de mes propres yeux (déjà vu les marques, senti l'odeur, vu tout un pan de montagne ravagé le jour précédent, les camions de pompier qui montent la garde pour s'assurer que c'est fini, mais jamais vu brûler "live"). On voit même les hydravions qui vont et viennent, on voit ce qu'ils tentent de répandre sur les flammes.
La fumée semble être moins dense que lorsqu'on a atterri. C'est bien. Tant mieux.
Je n'ai pas encore pu "sentir" l'air grec. Je suis coincée dans l'aéroport climatisé, où il fait trop frais à mon goût.
Athènes... une petite envie d'aller fouler les marches de l'acropole, de contempler la ville pieuvre, qui s'étend à l'infini d'en haut. cela sera pour une autre fois, au petit jour. Bientôt.
J'ai des souvenirs étranges de cet aéroport d'Athènes. La première fois que j'y ai mis les pieds c'était en hiver, il y a bientôt 3 ans, pour ensuite prendre le bus puis le ferry pour la Crète. Puis l'année passée, d'abord le voyage vers Chios, à nouveau rejoindre le port depuis l'aéroport, et plus tard, ce fut notre point de départ pour la recherche de Silènes et ce voyage si... "mémorable". Et le retour, moins d'une semaine après, pour re-louer une voiture après que mon collègue ait cassé la première. Il faisait 40°C ce jour là lorsque nous avions remis les pieds dans la capitale.  Puis le rendu de la 2ème voiture une dizaine de jours après, et le voyage en métro sur insistance du dit collègue qui disait que cela prenait que 30min, très cher, pour aller au port (note personnelle: pour tous ceux qui pensent que le métro est plus rapide que le bus pour rejoindre l'aéroport au port, certes, cela met ca. 30 min de moins (1h de voyage au lieu de 1h30), mais le prix du billet de métro est 5-10x plus cher que le billet de bus, et en plus vous devrez changer de ligne au centre d'Athènes). En Grèce, les bus sont les rois inconditionnels.
Anyways. Et puis, une semaine après cela, je faisais escale, toute seule, en rentrant de manière précipitée de Crète, tellement heureuse de rentrer, et de ne plus supporter une seconde de plus le dit collègue.
Plus tard, j'ai remis les pieds dans cet aéroport, pour rentrer de Crète, à nouveau, dans un tout autre climat, mon sac rempli d'échantillons et des couleurs de l'automne crétois.
Et m'y revoilà.
Encore ca. 2h à attendre. Je m'en vais faire un tour, dégourdir un peu mes jambes.
Le feu de brousse est presque éteint!

Kali spera

Les collines enfumées...




jeudi 11 juillet 2013

La jungle du balcon

Je suis assise à la table du salon, un verre de champagne à la main. 
Dehors, par la fenêtre ouverte j'entends les hirondelles pipeter en volettant. Elles deviennent plus rares avec l'arrivée de la nuit. Il y a des nids contre la façade. Il semblerait qu'il y ait eu plein de bébés cette année. 
Il y a aussi les moineaux, et parfois un merle se perche tout au sommet du toit voisin pour chanter, gorge déployée, accompagnant le jour tombant. 
Le balcon devant mes yeux est rempli de plantes. Lorsqu'on s'assied sur l'unique chaise qui s'y trouve, presque tapi comme un lion au milieu de la savane, on se retrouve entouré de végétation diverse et éparse. Beaucoup de fleurs sauvages et fleurs des champs ainsi qu'un assortiment large d'herbes aromatiques. Achillée, Geum, Centaurées, Sauge, lavande, fraises des bois, menthe, persil, ciboulette, peuplier blanc minuscule, pensées, mini épicéa, un sedum magnifique, etc. etc. 
Il y a même de mini plantules encore méconnaissables qui poussent dans les cracs entre le carrelage et le mur du balcon. 
Le balcon est sauvage. Aussi sauvage que peuvent l'être des plantes en pots. Rien de conventionnel ici. Les plantes vivent, s'épanouissent. Il y a de la place pour des surprises, des graines arrivées là par hasard. Des mélanges surprenants et beaux. Il y a une foule de petits insectes. Des bourdons, abeilles, araignées. Je crois même qu'une abeille solitaire a fait un nid dans un creux bien caché d'une plante. Pour arriver aux quelques fraises des bois, il faut contourner la toile d'araignée qui les garde. 
J'aime ce balcon. Il est représentatif de la personne qui l'a crée...

Au fait, c'est un verre à eau vert et du champagne sans alcool qui a fermenté un peu d'avoir été ouvert depuis plus d'une semaine. Le verre n'est pas dans ma main, mais à portée de main, car sinon, je ne pourrais pas être en train de taper avec mes dix doigts. 

mercredi 10 juillet 2013

Les sonneries du jour

Il y a une dizaine de minutes, j'entendis un bruit strident résonner à travers tout le bâtiment universitaire où j'étais. Une alarme sonnait, fort. Vite, il fallait partir et rapidement. J'ai pensé à mes données précieuses de mon travail de master et j'ai pris mon ordi portable et mon natel et je suis partie, le coeur battant un peu vite. Dans le corridor la sonnerie était insupportable. Perçante, criarde. Vite, vite je suis descendue les escaliers et me suis dirigée vers la sortie. 1-2 autres personnes quittaient également leurs bureaux et sortaient, hésitants du bâtiment. J'ai retrouvé un collegue. On ne savait pas trop où se diriger. Où était le point de rencontre lors d'évacuations? On a suivi la direction générale des quelques poignées de personnes qui s'en allaient.
Dehors, l'alarme était à peine perceptible, mais mes oreilles, elles sonnaient encore.
Chemin faisant, l'alarme s'est arrêtée et on est tous retournés dans le bâtiment.
Cela devait être un exercice.
Combien de personnes sont restées enfermées dans le bâtiment? Combien n'ont pas pris au sérieux l'alarme?
C'est quelque chose à ne jamais négliger, parce que un jour, peut-être cela ne sera pas un exercice. Et puis, il y a d'autres dangers que le feu, qui déclenchent les alarmes. Des fuites de gaz, etc. Alors ne pas voir ou sentir de fumée de signifie rien.
Je dois avoir ça dans le sang. Ce réflexe de me lever et partir, de ne pas hésiter. J'ai vécu mon enfance à un endroit où les maisons étaient en bois, où l'été était chaud et sec, où les feux sauvages, les feux de brousse ou de forêt étaient légion et où le risque d'incendie était toujours latent. Nous avions des exercices d'évacuation réguliers à l'école, tous les quelques mois. Et mine de rien, les réflexes restent, enfouis au plus profond de mon subconscient.
Contente que cela n'ait été qu'un exercice.

mardi 9 juillet 2013

Le vélo fantôme

Il était une fois, une maman qui décida de se rendre en vélo à la gare la plus proche, située dans le village voisin, afin d'y rencontrer une amie.
Lorsqu'elle annonça cet événement à sa fille, la fille lui dit qu'il allait probablement neiger, tant cette action était rare.
Cependant il ne neigea pas. Le vélo disparu.
La maman n'avait pas pris de cadenas avec elle, pour diverses raisons, et se dit que personne ne prendrait son vélo, qui tout de même avait fêté cette année ses 15 ans d'âge et de service loyal, bien qu'occasionnel. Son ancienneté se faisait sentir. Les freins crissaient, l'une des roues était désespérément carrée et depuis, la technologie cycliste avait bien évolué (et il avait des dimensions qui ne correspondaient pas aux pièces de rechange helvétiques, car il avait suivi une migration depuis un autre continent). Et puis, elle pensa qu'au final, s'il disparaissait, c'était tant mieux, car de ce fait elle n'aurait pas à s'en débarrasser.
Le vélo disparu donc. Dans un petit village où tout le monde connait tout le monde. Cela fit bien rire les concernés car ce fait avait été évoqué au préalable puis révoqué.
La maman émit l'hypothèse que quelqu'un l'avait peut-être emprunté pour rentrer chez lui et qu'il réapparaitrait peut-être le lendemain à la gare ou ailleurs.
Ainsi donc, le lendemain, la fille se rendit à la gare, sur un autre vélo, pour se dégourdir les jambes et voir si le vélo était de retour.
Elle rit toute seule en arrivant à la gare, de voir le vélo parqué sagement parmi les autres montures.
Fin.  

lundi 17 juin 2013

L'intolérance sur rails

Ce matin, j'ai pris le train, pour me rendre à mon pénultième examen universitaire (de ma vie?).
Comme tous les matins à cette heure là, les trains sont bien emplis, de pendulaires, hommes et femmes d'affaires pour la plupart. Cadres, PDG, banquiers et co. Mis sur leur 31. Prets à attaquer une semaine enfermée dans un bureau urbain.
Le matin, les trains sont très calmes. Il y a quelques conversations éparses, quelques coups de fils. Pas d'éclats de rire. Pas d'éclats de voix. Pas de débordement. Cela doit être une convention informelle entre la majorité des voyageurs.
Il y a les gens qui dorment (comme moi en général). Ceux qui lisent des feuilles. Ou regardent leurs emails. Ceux qui travaillent. Ceux qui écoutent de la musique. Ceux qui petit-déjeunent. Ceux qui parlent au téléphone.
Cette histoire concerne une conversation téléphonique et de l'intolérance notable.

Ce matin, je me suis faite agressée verbalement parce que j'ai "osé" prendre parti pour ma voisine de siège. Moui.

Je m'explique.
En face de moi, deux hommes. A côté de moi, une femme, gribouillant des notes sur un petit calepin, en espagnol (oui, j'avoue, j'avoue j'ai regardé si je pouvais lire ce qu'elle écrivait).
Un des hommes était habillé en homme d'affaire zen (i.e. habits en lin, crâne rasé comme un buddha). Dès le départ du train, il sort des boules quies, les insère dans ses oreilles, ferme les yeux, se met bien droit contre son dossier et joint l'index et le pouce en position de méditation.
Je me suis dite à ce moment là, "tiens, voilà quelque chose d'intéressant. S'il fait cela tous les matins, il doit bien commencer ses journées de manière zen et détendue".
Je me plonge dans des révisions de dernière minute.
Quelques km plus tard le téléphone de ma voisine sonne. Discrètement. Je lève la tête. Pas de réaction de la part de Monsieur affaires-zen. Ma voisine a un peu de peine à mettre la main sur son téléphone et il sonne plusieurs fois.
J'ai pensé "ça va surement le déranger dans sa méditation" et 2 secondes après "oh, et puis, s'il décide de méditer dans le train, il doit surement arriver à faire abstraction du bruit alentours" et puis aussi "les gens zen ne se laissent pas accaparer par des futilités telles que des téléphones qui sonnent". (Prémonition?).
Moui. certes. J'ai trop d'espoir dans l'humanité des hommes d'affaires.

Toujours est-il que ma voisine parle doucement et calmement au téléphone. C'est un téléphone professionnel, quelque chose avec de l'isolation phonique de fenêtre d'un batiment. J'apprends des choses intéressantes tout en étant absorbée dans mes révisions.
Ma voisine raccroche, appelle quelqu'un d'autre pour la suite de ses histoires d'isolation de fenêtres. Toujours discrètement.
A l'autre bout du train, il y a une dame avec un fort accent du sud qui parle dans un allemand très approximatif au téléphone. Je l'entends jusqu'à mon siège. J'essaye de déterminer si elle parle grec à la base ou non.
Un peu plus près, deux personnes discutent en riant un peu.
2/3 du voyage passent.
L'homme d'affaires pseudo-zen sort de sa méditation, et sans jamais regarder ma voisine, sans jamais laisser percer son agacement potentiel, range ses boules quies, et sort des feuilles à lire.
Je finis mes révisions et me plonge dans l'obscurité tiède et agréable de mes paupières et pensées.
J'écoute la voix de ma voisine, qui me berce dans un semi-sommeil.
Quelques km plus loin, elle finit son téléphone.
A ce moment là, le type d'en face lui dit (avec un fort accent anglo-saxon) "je peux vous poser une question?"... "ça ne vous dérange pas que tout le monde entende votre conversation professionnelle?"
Elle: "euh... non?!".
Lui: " Parce que moi ça me dérange d'entendre votre conversation. Je trouve que c'est un manque de respect envers les autres usagers". "Moi aussi j'ai des coups de fils à faire, mais je ne les fais pas dans le train. Je ne veux pas que les autres usagers entendent ce que j'ai à dire".
(etc. etc. je ne me souviens pas de tout ce qu'il a dit).
Moi, j'ai pensé très fort à ce moment là que ce n'était pas son problème si la dame exposait sa conversation à tous les passagers alentours. Au final c'est un choix personnel. D'autant plus que là cela parlait juste de fenêtres et d'isolation sonore.
Le type se tait et se replonge dans la lecture de son texte (ou fait semblant du moins). Il a les mains qui tremblent. Je le vois. L'air est devenu tendu.
La dame me regarde, ahurie, totalement ébahie. Je lui souris et lui dis que moi cela ne me dérangeait pas qu'elle téléphone. Qu'elle ne parlait pas très fort et que je fais aussi pareil parfois. Elle me dit qu'elle ne comprend pas trop sa réaction, et que c'était le seul moment où elle pouvait faire ces téléphones tranquillement.
Pas de réaction du type. Pas même un regard.
Pendant les quelques km restants du voyage, je m'interroge tout en regardant discrètement le type.
Pourquoi il n'a pas dit quelque chose plus tôt? Pourquoi il n'a pas montré de signes d'agacement? pourquoi il n'a pas changé de place alors? pourquoi il ne va pas en 1ère classe où il y a des wagons "silence" où il est interdit de faire le moindre bruit (interdit de respirer?)? Pourquoi il est venu dans ce wagon-ci, qui était le wagon "familles" s'il veut zéro bruit? Il y a toujours un risque de se retrouver avec un bébé braillant et des petits enfants vivants pendant tout le trajet. Pourquoi il s'est énervé comme ça d'un coup contre la dame?
On arrive à destination. Le type se lève et se dirige vers la sortie.
Je souris à ma voisine et on discute un peu. Je secoue la tête de gauche à droite d'un air un peu désolé. Le type qui était presque déjà aux portes du train se retourne, me voit et revient vers nous. Moui.
Il me regarde et me dit "je trouve inadmissible que vous preniez sa défense, c'est ridicule".
Moui. moui.
Je commence à lui demander pourquoi il n'est pas allé s'installer ailleurs si cela le dérangeait.
Il reprend ses arguments en anglais. Pas de bol coco. Moi aussi je parle anglais. Tout le monde nous regarde, et je suis nulle en arguments.
Il continue à dire que c'est ridicule que je sois de l'avis de la dame, et que je suis imbecile, ou un truc du genre. Moui. Charmant.
Je lui dis que si j'avais eu une conversation avec ma voisine on aurait aussi fait du bruit. Ou s'il y avait eu des enfants aussi. Il me dit que ce n'est pas pareil (ah bon?). Il répète que c'est ridicule que je sois de l'avis de la dame et que je la défende. Qu'il a attendu quand même la moitié du voyage avant de dire quelque chose tout de même et patati et patata. Il repart en rajoutant que c'est ridicule (on avait compris).
Je suis rouge cramoisie et tremblante d'adrenaline. Tout le monde me regarde. Personne ne dit rien (bienvenue en Helvétie).
Je m'enfiche. Je souhaite une très belle journée à la dame (qui me remercie de mon soutien), je lui fais un grand sourire en prime et sors du train.

Je m'enfiche que tout le monde me regarde car je ne suis pas restée silencieuse. J'ai osé donner mon avis, malgré ma capacité limitée à argumenter, j'ai osé. Je n'ai pas laissé passer ses remarques désobligeantes, et de mon point de vue totalement hors-contexte et intolérantes.
Franchement.
Je prends le train quotidiennement. J'en vois des vertes et des pas mures. Il y a toujours des gens au téléphone, et c'est la 1ère fois que j'entends une réaction pareille. Parfois il y a des banquiers avec des voix tonitruantes qui parlent de bourse pendant tout le voyage. Il y a des ruptures par téléphone. Des retrouvailles. Des listes de commissions. Des comptes-rendus de la nuit et du one-night stand. Des prises de rdv chez le médecin. Une maman qui discute des problèmes de son enfant à l'école avec une amie au bout du fil. Il y a toute une vie au téléphone. Et la personne qui discute se rend bien compte que la moitié du wagon l'entend et l'écoute (forcément).
Il y a des voix qui portent loin, d'autres non. Il y a des éclats de voix et des téléphones très calmes.
Alors voilà.
Le monsieur a exprimé son point de vue à la dame. Elle a exprimé le sien. J'ai exprimé le mien. Chacun son point de vue.
Mais franchement, un peu de tolérance et de respect, c'est la moindre des choses. 

lundi 10 juin 2013

Bourdonnements printaniers



C'était samedi, en milieu d'après-midi. 
Je me réveillais, groggy, d'une longue sieste. 
Je me suis rendue dans la cuisine pour y chercher un verre d'eau, que j'ai bu, les yeux encore embués de sommeil, devant la fenêtre. 
Dehors, de l'autre côté de la route, au dessus du cerisier des voisins, il y avait un gros nuage sombre, vrombissant et bouillonnant. 
Le grondement sourd de milliers de petites ailes battant l'air chaud et orageux de cette fin d'après-midi. 
L'air vibrait du son de l'air froissé. Un grondement sourd et impressionnant. 
Un gigantesque (du moins à mes yeux) essaim d'abeilles était en train de se regrouper sur une branche basse du cerisier. 
Les ouvrières s'attroupaient, entourant la reine, donnant une forme étrange et déformée à la branche d'arbre. 
En quelques dizaines de minutes, le nuage s'était clairsemé, la boule sur l'arbre agrandie. 
Ensuite j'ai du partir et suis rentrée que la nuit tombée. Il a plu cette nuit, beaucoup de pluie.
Le lendemain matin, l'essaim était toujours en place. Des milliers d'abeilles accrochées les unes aux autres. Certaines s'envolaient en éclaireuses, recherchant un endroit idéal pour y installer définitivement l'essaim. 
J'ai partagé avec ma colocataire ma découverte. Elle m'a dit de téléphoner à la police ou aux pompiers, mais j'hésitais. 
J'avais eu un téléphone avec ma maman le soir d'avant qui me disait que les apiculteurs parfois venaient chercher les essaims. 
Du coup je suis allée voir sur internet, et le 1er lien qui est apparu était le site d'un monsieur qui venait chercher gratuitement les essaims dans la région où j'habite. Il écrivait qu'il fallait agir rapidement pour éviter qu'elles ne partent s'installer définitivement dans un creux habitable (e.g. cheminée) et doivent être tuées car gênantes ou périssent l'hiver venu du à des maladies. Il les recueillait gratuitement pour agrandir le nombre de ses ruches.
Alors j'ai appelé. Un dimanche. Et j'ai laissé sonner, sonner, sonner. 
Pas de réponse. 
J'ai ensuite envoyé un sms. 
Plus tard dans la journée, le monsieur apiculteur m'a rappelé. Il était en vadrouille dans un autre coin de l'Helvétie et ne pourrait passer qu'en fin de journée pour chercher l'essaim. 
Cette après-midi là, il s'est mis à pleuvoir. Fort et beaucoup. 
C'étaient les mêmes précipitations qui ont engendré des éboulement, glissements de terrains et inondations à l'autre bout du canton. 
Mes petites abeilles sont restées blotties, les unes contre les autres, à réchauffer la reine et à s'affamer, le temps ne leur permettant pas de s'envoler pour s'installer définitivement ailleurs et butiner. 
Au soir, l'apiculteur m'a rappelée pour me dire qu'il pleuvait trop pour qu'il vienne chercher l'essaim, et qu'il espérait qu'il n'était pas trop endommagé par la pluie. Il m'a dit qu'il viendrait le lendemain en fin de matinée. 
Alors ce matin j'ai attendu, tout en jetant un coup d'oeil sur mes petites abeilles de temps à autre, pour voir si elles étaient toujours là, et si quelqu'un d'autre avait remarqué leur présence. 
Et puis le monsieur est arrivé, et je lui ai montré l'essaim, qu'il a trouvé "de taille moyenne" (c'est à dire ca. 8'000 ouvrières et une reine, soit ca. 1.5kg d'abeilles) (pour comparaison, un essaim de taille normale est d'environ 3kg et 15'000 abeilles) (il m'a raconté que la semaine passé il était allé chercher un essaim qui pesait plus de 5kg et qui devait avoir plus de 20'000 abeilles O_o ). 
On est allés sonner chez la voisine qui possédait la branche d'arbre sur laquelle l'essaim avait élu domicile provisoirement. Pas de réponse. Chez le voisin d'à côté chez qui était planté le cerisier sur lequel la branche grandissait. Rien. Alors le monsieur a escaladé la barrière du jardin, pendant que je partais en chasse à l'échelle parmi le voisinage. Après plusieurs sonnages de portes infructueuses, j'ai sonné chez un couple de retraités actifs qui m'ont aimablement prêté leur échelle. 
Le travail pouvait commencer. 
L'apiculteur a installé tant bien que mal l'échelle dans la terre meuble, gorgée d'eau, a revêtu un pull, chapeau et gants d'apiculteurs, a pris une grosse caisse en bois, ouverte sur le dessus et a fait tomber tant bien que mal une grosse partie de l'essaim dans la boite, avant de vite refermer le couvercle au dessus (et à moitié tomber de l'échelle qui basculait dans la terre meuble). 
Les abeilles étaient endormies par la pluie, amorphes,  affamées et affaiblies par le fait qu'elles n'avaient rien mangé depuis plusieurs jours. Elles volaient peu, restant agglutinées sur l'arbre, et ne se dirigeaient pas beaucoup vers la caisse dans laquelle était à présent la reine et une grosse partie de l'essaim. 
Cela a pris du temps pour que les ouvrières se mettent à appeler leurs soeurs restées dehors pour les attirer vers l'entrée de la boite. 
Plus d'une heure était déjà passée, durant laquelle j'ai pu poser plein de questions à l'apiculteur. 
Il semblerait que cette année ci soit propice à l'essaimage. (l'essaimage étant la séparation en 2 de l'essaim, la vieille reine laissant la place dans la ruche à une jeune reine et prenant avec elle la moitié des ouvrières pour aller trouver refuge ailleurs. C'est un processus naturel pour la survie et perpétuation de l'essaim, et les apiculteurs tentent de l'éviter en retirant la vieille reine avant que l'essaimage ne se produise pour la placer dans une autre ruche. Lorsqu'une ruche essaime toute seule, ils perdent d'un coup la moitié de leurs abeilles et leur production de miel chute drastiquement. Cependant cette année, avec les conditions climatiques des dernières semaines (froid, humidité), les apiculteurs ne pouvaient pas contrôler leurs ruches. Cet apiculteur-ci a déjà récolté une douzaine d'essaims la semaine passée...). 
Au bout d'un certain temps, la fille qui possédait le jardin dans lequel nous nous étions introduits est arrivée, étonnée de voir des gens sous son cerisier. Elle n'avait pas remarqué l'essaim. 
Elle était toute sympa et nous a invité à venir boire un thé et manger des biscuits sur sa terrasse en attendant que le restant des abeilles migrent dans la boite. 
Finalement, après environ 2 heures, la grosse majorité des abeilles était au chaud et sec dans la boite, et l'apiculteur est allé en fermer l'entrée. 
Quelques retardataires sont restées sur place, et hélas périront dans les jours qui suivent.
On est ressortis du jardin, et j'ai pu soulever la grosse boite remplie d'abeilles bourdonnants pour passer la clôture. 
L'apiculteur les a installées dans sa voiture, a collé sur son coffre un autocollant "attention, transport d'abeilles vivantes", pour que les autre automobilistes ne le klaxonnent pas lorsqu'il roule doucement sur les gendarmes couchés ou les bosses (bien-être des abeilles oblige) et a pris mon nom et adresse, pour m'envoyer une petite carte dans quelques temps pour me dire comment se porte "mon" essaim. 
J'espère que mes petites abeilles vont se remettre de leurs aventures et vont vite reprendre des forces et du poil de la bête. 
A noter qu'elles seront implantées dans le village où ma grand-maman vivait. Intéressante coïncidence...