vendredi 27 septembre 2013

Le chant du coq

Je suis retournée dans l'hôtel. L'hôtel où l'année passée je m'étais fait draguée visiblement et ouvertement (bien que à l'abri des yeux du patron) par le serveur.
C'est une histoire étrange avec ce serveur. Pensez plus de 35 ans, 1m90, long, bidon, à moitié chauve, chainette en or, voiture bleu électrique pimpée et regard de prédateur.
Cela fait 4 ans que je passe par cet hôtel pendant que je bosse sur mes arbres. Le patron et le staff (en général) sont très sympa et le lieu est juste splendide. La 1ère année, j'étais avec 2 mecs, mes collègues, on partageait une chambre. Je me souviens leur avoir dit "purée, mais pourquoi il me fait toujours des clins d'oeil ce mec?". Et on en avait rit. Beaucoup.
J'y suis retournée plusieurs fois depuis. Et l'année passée, lorsque j'y étais avec ma collègue, il s'est passé des choses perplexantes avec ce serveur. Jamais assez claires pour que je le dénonce ou quoi que ce soit...
Une voiture bleue qui roule très lentement le long de la route que je venais d'emprunter seule (je n'y étais plus sur la dite route, j'avais grimpé la montagne et j'observais le monde depuis en haut. Cachée de la route, mais avec une vue imprenable sur les environs, les montagnes, les arbres, les oiseaux et le trafic)... Voiture bleue qui ressemblait étrangement à la sienne... mais j'étais perchée, la voiture était en bas, et je n'étais pas sûre... Mais il ne doit pas y avoir 2 voitures bleues métalliques dans les montagnes, non?
Les regards aussi. Encore et toujours. On a fini par en jouer, avec ma collègue. A en rire au final. Parce que c'était tellement visible pour nous du moins et qu'il ne regardait que moi, pas elle, ni aucune des autres femmes.
Et puis le regard lorsqu'on a annoncé qu'on quittait l'hôtel. Le regard persistant, soutenu, sombre. Le regard qui fait rougir et met mal à l'aise.
Et les paroles lorsqu'on est parties "see you next year..." et le regard soutenu, pesant, par après.

Cette année, je suis retournée dans la région, d'abord avec mon équipe de collègues, les helvètes et co. et les helléniques, pour parler d'arbres, et on s'est arrêtés dans le restau en face de l'hôtel. Bien sûr il m'a repéré. Parmi le groupe de 15 gens qu'on était, de l'autre côté de la route et du parking, je le voyais qui m'observait à chaque fois qu'il passait sur sa terrasse. Il s'arrêtait avec son plateau et regardait dans notre direction avec un petit sourire en coin. J'avais une vue plongeante mais discrète, je le voyais bien qui observait. Lorsqu'on est parti, en passant devant l'hôtel, il était dans l'encadrement d'une des portes. J'ai croisé son regard. Sombre.
Et puis le jour d'après, on est allé dans cet hôtel pour y dormir. J'étais entourée de 3 collègues, hommes, tous ayant la quarantaine au moins. Je leur avais énoncé la situation et leur avais dit que je n'étais pas à l'aise. Ils ont été chouettes. Protecteurs. J'ai même changé de numéro de chambre avec l'un d'eux pour que personne d'autre que nous ne sache dans quelle chambre je dormais, au cas où...
Je n'ai pas vraiment observé le serveur ce soir là. On était plongé dans nos discussions sur les plantes. Peut-être qu'il m'a observé, je ne sais pas. Un de mes collègues m'a dit "j'ai vu comme il te regarde...". Et puis est venu le moment d'aller se coucher. Le serveur qui nous lance un tonitruant "Kali nixta". Je ne l'ai pas regardé, mais j'ai entendu dans ses paroles les sous-entendus probables.
Je n'étais pas très tranquille ce soir là. J'ai même barricadé ma porte (oui, je sais, j'suis un peu extrême, mais voilà quoi). Et puis une petite demi heure plus tard, j'entends des sifflements dehors, en bas de nos fenêtres. Le sifflement pour appeler quelqu'un. Se répétant. S'arrêtant et reprenant quelques minutes plus tard.
...
Je ne peux pas être sûre. Mais tous les autres touristes étaient allés se coucher, on avait été les derniers à monter dormir...

Alors voilà. Le coq a chanté. Je ne peux qu'espérer que son cri se transformera en chant du cygne et que la prochaine fois que j'apparaitrai là bas (vu que ca risque de se reproduire parce que mes arbres poussent dans le coin, que c'est un hôtel fantastique (mis à part cette histoire mit le serveur) et que c'est un de mes coins préférés de l'île) il me considérera comme n'importe quelle autre touriste alpha.
Fin.

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