lundi 17 juin 2013

L'intolérance sur rails

Ce matin, j'ai pris le train, pour me rendre à mon pénultième examen universitaire (de ma vie?).
Comme tous les matins à cette heure là, les trains sont bien emplis, de pendulaires, hommes et femmes d'affaires pour la plupart. Cadres, PDG, banquiers et co. Mis sur leur 31. Prets à attaquer une semaine enfermée dans un bureau urbain.
Le matin, les trains sont très calmes. Il y a quelques conversations éparses, quelques coups de fils. Pas d'éclats de rire. Pas d'éclats de voix. Pas de débordement. Cela doit être une convention informelle entre la majorité des voyageurs.
Il y a les gens qui dorment (comme moi en général). Ceux qui lisent des feuilles. Ou regardent leurs emails. Ceux qui travaillent. Ceux qui écoutent de la musique. Ceux qui petit-déjeunent. Ceux qui parlent au téléphone.
Cette histoire concerne une conversation téléphonique et de l'intolérance notable.

Ce matin, je me suis faite agressée verbalement parce que j'ai "osé" prendre parti pour ma voisine de siège. Moui.

Je m'explique.
En face de moi, deux hommes. A côté de moi, une femme, gribouillant des notes sur un petit calepin, en espagnol (oui, j'avoue, j'avoue j'ai regardé si je pouvais lire ce qu'elle écrivait).
Un des hommes était habillé en homme d'affaire zen (i.e. habits en lin, crâne rasé comme un buddha). Dès le départ du train, il sort des boules quies, les insère dans ses oreilles, ferme les yeux, se met bien droit contre son dossier et joint l'index et le pouce en position de méditation.
Je me suis dite à ce moment là, "tiens, voilà quelque chose d'intéressant. S'il fait cela tous les matins, il doit bien commencer ses journées de manière zen et détendue".
Je me plonge dans des révisions de dernière minute.
Quelques km plus tard le téléphone de ma voisine sonne. Discrètement. Je lève la tête. Pas de réaction de la part de Monsieur affaires-zen. Ma voisine a un peu de peine à mettre la main sur son téléphone et il sonne plusieurs fois.
J'ai pensé "ça va surement le déranger dans sa méditation" et 2 secondes après "oh, et puis, s'il décide de méditer dans le train, il doit surement arriver à faire abstraction du bruit alentours" et puis aussi "les gens zen ne se laissent pas accaparer par des futilités telles que des téléphones qui sonnent". (Prémonition?).
Moui. certes. J'ai trop d'espoir dans l'humanité des hommes d'affaires.

Toujours est-il que ma voisine parle doucement et calmement au téléphone. C'est un téléphone professionnel, quelque chose avec de l'isolation phonique de fenêtre d'un batiment. J'apprends des choses intéressantes tout en étant absorbée dans mes révisions.
Ma voisine raccroche, appelle quelqu'un d'autre pour la suite de ses histoires d'isolation de fenêtres. Toujours discrètement.
A l'autre bout du train, il y a une dame avec un fort accent du sud qui parle dans un allemand très approximatif au téléphone. Je l'entends jusqu'à mon siège. J'essaye de déterminer si elle parle grec à la base ou non.
Un peu plus près, deux personnes discutent en riant un peu.
2/3 du voyage passent.
L'homme d'affaires pseudo-zen sort de sa méditation, et sans jamais regarder ma voisine, sans jamais laisser percer son agacement potentiel, range ses boules quies, et sort des feuilles à lire.
Je finis mes révisions et me plonge dans l'obscurité tiède et agréable de mes paupières et pensées.
J'écoute la voix de ma voisine, qui me berce dans un semi-sommeil.
Quelques km plus loin, elle finit son téléphone.
A ce moment là, le type d'en face lui dit (avec un fort accent anglo-saxon) "je peux vous poser une question?"... "ça ne vous dérange pas que tout le monde entende votre conversation professionnelle?"
Elle: "euh... non?!".
Lui: " Parce que moi ça me dérange d'entendre votre conversation. Je trouve que c'est un manque de respect envers les autres usagers". "Moi aussi j'ai des coups de fils à faire, mais je ne les fais pas dans le train. Je ne veux pas que les autres usagers entendent ce que j'ai à dire".
(etc. etc. je ne me souviens pas de tout ce qu'il a dit).
Moi, j'ai pensé très fort à ce moment là que ce n'était pas son problème si la dame exposait sa conversation à tous les passagers alentours. Au final c'est un choix personnel. D'autant plus que là cela parlait juste de fenêtres et d'isolation sonore.
Le type se tait et se replonge dans la lecture de son texte (ou fait semblant du moins). Il a les mains qui tremblent. Je le vois. L'air est devenu tendu.
La dame me regarde, ahurie, totalement ébahie. Je lui souris et lui dis que moi cela ne me dérangeait pas qu'elle téléphone. Qu'elle ne parlait pas très fort et que je fais aussi pareil parfois. Elle me dit qu'elle ne comprend pas trop sa réaction, et que c'était le seul moment où elle pouvait faire ces téléphones tranquillement.
Pas de réaction du type. Pas même un regard.
Pendant les quelques km restants du voyage, je m'interroge tout en regardant discrètement le type.
Pourquoi il n'a pas dit quelque chose plus tôt? Pourquoi il n'a pas montré de signes d'agacement? pourquoi il n'a pas changé de place alors? pourquoi il ne va pas en 1ère classe où il y a des wagons "silence" où il est interdit de faire le moindre bruit (interdit de respirer?)? Pourquoi il est venu dans ce wagon-ci, qui était le wagon "familles" s'il veut zéro bruit? Il y a toujours un risque de se retrouver avec un bébé braillant et des petits enfants vivants pendant tout le trajet. Pourquoi il s'est énervé comme ça d'un coup contre la dame?
On arrive à destination. Le type se lève et se dirige vers la sortie.
Je souris à ma voisine et on discute un peu. Je secoue la tête de gauche à droite d'un air un peu désolé. Le type qui était presque déjà aux portes du train se retourne, me voit et revient vers nous. Moui.
Il me regarde et me dit "je trouve inadmissible que vous preniez sa défense, c'est ridicule".
Moui. moui.
Je commence à lui demander pourquoi il n'est pas allé s'installer ailleurs si cela le dérangeait.
Il reprend ses arguments en anglais. Pas de bol coco. Moi aussi je parle anglais. Tout le monde nous regarde, et je suis nulle en arguments.
Il continue à dire que c'est ridicule que je sois de l'avis de la dame, et que je suis imbecile, ou un truc du genre. Moui. Charmant.
Je lui dis que si j'avais eu une conversation avec ma voisine on aurait aussi fait du bruit. Ou s'il y avait eu des enfants aussi. Il me dit que ce n'est pas pareil (ah bon?). Il répète que c'est ridicule que je sois de l'avis de la dame et que je la défende. Qu'il a attendu quand même la moitié du voyage avant de dire quelque chose tout de même et patati et patata. Il repart en rajoutant que c'est ridicule (on avait compris).
Je suis rouge cramoisie et tremblante d'adrenaline. Tout le monde me regarde. Personne ne dit rien (bienvenue en Helvétie).
Je m'enfiche. Je souhaite une très belle journée à la dame (qui me remercie de mon soutien), je lui fais un grand sourire en prime et sors du train.

Je m'enfiche que tout le monde me regarde car je ne suis pas restée silencieuse. J'ai osé donner mon avis, malgré ma capacité limitée à argumenter, j'ai osé. Je n'ai pas laissé passer ses remarques désobligeantes, et de mon point de vue totalement hors-contexte et intolérantes.
Franchement.
Je prends le train quotidiennement. J'en vois des vertes et des pas mures. Il y a toujours des gens au téléphone, et c'est la 1ère fois que j'entends une réaction pareille. Parfois il y a des banquiers avec des voix tonitruantes qui parlent de bourse pendant tout le voyage. Il y a des ruptures par téléphone. Des retrouvailles. Des listes de commissions. Des comptes-rendus de la nuit et du one-night stand. Des prises de rdv chez le médecin. Une maman qui discute des problèmes de son enfant à l'école avec une amie au bout du fil. Il y a toute une vie au téléphone. Et la personne qui discute se rend bien compte que la moitié du wagon l'entend et l'écoute (forcément).
Il y a des voix qui portent loin, d'autres non. Il y a des éclats de voix et des téléphones très calmes.
Alors voilà.
Le monsieur a exprimé son point de vue à la dame. Elle a exprimé le sien. J'ai exprimé le mien. Chacun son point de vue.
Mais franchement, un peu de tolérance et de respect, c'est la moindre des choses. 

lundi 10 juin 2013

Bourdonnements printaniers



C'était samedi, en milieu d'après-midi. 
Je me réveillais, groggy, d'une longue sieste. 
Je me suis rendue dans la cuisine pour y chercher un verre d'eau, que j'ai bu, les yeux encore embués de sommeil, devant la fenêtre. 
Dehors, de l'autre côté de la route, au dessus du cerisier des voisins, il y avait un gros nuage sombre, vrombissant et bouillonnant. 
Le grondement sourd de milliers de petites ailes battant l'air chaud et orageux de cette fin d'après-midi. 
L'air vibrait du son de l'air froissé. Un grondement sourd et impressionnant. 
Un gigantesque (du moins à mes yeux) essaim d'abeilles était en train de se regrouper sur une branche basse du cerisier. 
Les ouvrières s'attroupaient, entourant la reine, donnant une forme étrange et déformée à la branche d'arbre. 
En quelques dizaines de minutes, le nuage s'était clairsemé, la boule sur l'arbre agrandie. 
Ensuite j'ai du partir et suis rentrée que la nuit tombée. Il a plu cette nuit, beaucoup de pluie.
Le lendemain matin, l'essaim était toujours en place. Des milliers d'abeilles accrochées les unes aux autres. Certaines s'envolaient en éclaireuses, recherchant un endroit idéal pour y installer définitivement l'essaim. 
J'ai partagé avec ma colocataire ma découverte. Elle m'a dit de téléphoner à la police ou aux pompiers, mais j'hésitais. 
J'avais eu un téléphone avec ma maman le soir d'avant qui me disait que les apiculteurs parfois venaient chercher les essaims. 
Du coup je suis allée voir sur internet, et le 1er lien qui est apparu était le site d'un monsieur qui venait chercher gratuitement les essaims dans la région où j'habite. Il écrivait qu'il fallait agir rapidement pour éviter qu'elles ne partent s'installer définitivement dans un creux habitable (e.g. cheminée) et doivent être tuées car gênantes ou périssent l'hiver venu du à des maladies. Il les recueillait gratuitement pour agrandir le nombre de ses ruches.
Alors j'ai appelé. Un dimanche. Et j'ai laissé sonner, sonner, sonner. 
Pas de réponse. 
J'ai ensuite envoyé un sms. 
Plus tard dans la journée, le monsieur apiculteur m'a rappelé. Il était en vadrouille dans un autre coin de l'Helvétie et ne pourrait passer qu'en fin de journée pour chercher l'essaim. 
Cette après-midi là, il s'est mis à pleuvoir. Fort et beaucoup. 
C'étaient les mêmes précipitations qui ont engendré des éboulement, glissements de terrains et inondations à l'autre bout du canton. 
Mes petites abeilles sont restées blotties, les unes contre les autres, à réchauffer la reine et à s'affamer, le temps ne leur permettant pas de s'envoler pour s'installer définitivement ailleurs et butiner. 
Au soir, l'apiculteur m'a rappelée pour me dire qu'il pleuvait trop pour qu'il vienne chercher l'essaim, et qu'il espérait qu'il n'était pas trop endommagé par la pluie. Il m'a dit qu'il viendrait le lendemain en fin de matinée. 
Alors ce matin j'ai attendu, tout en jetant un coup d'oeil sur mes petites abeilles de temps à autre, pour voir si elles étaient toujours là, et si quelqu'un d'autre avait remarqué leur présence. 
Et puis le monsieur est arrivé, et je lui ai montré l'essaim, qu'il a trouvé "de taille moyenne" (c'est à dire ca. 8'000 ouvrières et une reine, soit ca. 1.5kg d'abeilles) (pour comparaison, un essaim de taille normale est d'environ 3kg et 15'000 abeilles) (il m'a raconté que la semaine passé il était allé chercher un essaim qui pesait plus de 5kg et qui devait avoir plus de 20'000 abeilles O_o ). 
On est allés sonner chez la voisine qui possédait la branche d'arbre sur laquelle l'essaim avait élu domicile provisoirement. Pas de réponse. Chez le voisin d'à côté chez qui était planté le cerisier sur lequel la branche grandissait. Rien. Alors le monsieur a escaladé la barrière du jardin, pendant que je partais en chasse à l'échelle parmi le voisinage. Après plusieurs sonnages de portes infructueuses, j'ai sonné chez un couple de retraités actifs qui m'ont aimablement prêté leur échelle. 
Le travail pouvait commencer. 
L'apiculteur a installé tant bien que mal l'échelle dans la terre meuble, gorgée d'eau, a revêtu un pull, chapeau et gants d'apiculteurs, a pris une grosse caisse en bois, ouverte sur le dessus et a fait tomber tant bien que mal une grosse partie de l'essaim dans la boite, avant de vite refermer le couvercle au dessus (et à moitié tomber de l'échelle qui basculait dans la terre meuble). 
Les abeilles étaient endormies par la pluie, amorphes,  affamées et affaiblies par le fait qu'elles n'avaient rien mangé depuis plusieurs jours. Elles volaient peu, restant agglutinées sur l'arbre, et ne se dirigeaient pas beaucoup vers la caisse dans laquelle était à présent la reine et une grosse partie de l'essaim. 
Cela a pris du temps pour que les ouvrières se mettent à appeler leurs soeurs restées dehors pour les attirer vers l'entrée de la boite. 
Plus d'une heure était déjà passée, durant laquelle j'ai pu poser plein de questions à l'apiculteur. 
Il semblerait que cette année ci soit propice à l'essaimage. (l'essaimage étant la séparation en 2 de l'essaim, la vieille reine laissant la place dans la ruche à une jeune reine et prenant avec elle la moitié des ouvrières pour aller trouver refuge ailleurs. C'est un processus naturel pour la survie et perpétuation de l'essaim, et les apiculteurs tentent de l'éviter en retirant la vieille reine avant que l'essaimage ne se produise pour la placer dans une autre ruche. Lorsqu'une ruche essaime toute seule, ils perdent d'un coup la moitié de leurs abeilles et leur production de miel chute drastiquement. Cependant cette année, avec les conditions climatiques des dernières semaines (froid, humidité), les apiculteurs ne pouvaient pas contrôler leurs ruches. Cet apiculteur-ci a déjà récolté une douzaine d'essaims la semaine passée...). 
Au bout d'un certain temps, la fille qui possédait le jardin dans lequel nous nous étions introduits est arrivée, étonnée de voir des gens sous son cerisier. Elle n'avait pas remarqué l'essaim. 
Elle était toute sympa et nous a invité à venir boire un thé et manger des biscuits sur sa terrasse en attendant que le restant des abeilles migrent dans la boite. 
Finalement, après environ 2 heures, la grosse majorité des abeilles était au chaud et sec dans la boite, et l'apiculteur est allé en fermer l'entrée. 
Quelques retardataires sont restées sur place, et hélas périront dans les jours qui suivent.
On est ressortis du jardin, et j'ai pu soulever la grosse boite remplie d'abeilles bourdonnants pour passer la clôture. 
L'apiculteur les a installées dans sa voiture, a collé sur son coffre un autocollant "attention, transport d'abeilles vivantes", pour que les autre automobilistes ne le klaxonnent pas lorsqu'il roule doucement sur les gendarmes couchés ou les bosses (bien-être des abeilles oblige) et a pris mon nom et adresse, pour m'envoyer une petite carte dans quelques temps pour me dire comment se porte "mon" essaim. 
J'espère que mes petites abeilles vont se remettre de leurs aventures et vont vite reprendre des forces et du poil de la bête. 
A noter qu'elles seront implantées dans le village où ma grand-maman vivait. Intéressante coïncidence...

mardi 19 mars 2013

il y a un an

Il y a un an, à 2 jours du printemps, les environs de ma ville ressemblaient à ça:


Et 7 jours après le début du printemps, le cerisier derrière chez moi se transformait en boule blanche vibrante, bouillonnante de vie et magique.
Aujourd'hui il y a aussi de la blancheur... d'un autre type. Il fait 1°C et il y a de la NEIGE!!!! et des flocons GIGANTESQUES! de la taille d'une soucoupe volante d'oeuf à la coque sisi (ok, j'exagère, mais presque!). J'aime bien ces comparaisons d'année en année. Sauf que d'année en année j'oublie comment c'était l'année précédente. C'était comment en 2011? Et en 2010? :D
Joyeux printemps!



samedi 16 mars 2013

L'histoire des m&m's

Chers petits voisins d'immeuble,

J'ai beaucoup aimé trouver des m&m's oranges écrasés sur mon paillasson ce matin. D'autant plus qu'ils n'étaient pas là hier soir lorsque ma colocataire est rentrée à 22h30. Comment se sont ils écrasés alors qu'il faut expressément vouloir entrer chez nous pour marcher sur le paillasson (ou faire un détour hors du chemin normal pour monter les escaliers)? 
Ce qui a encore augmenté ma joie est lorsque j'ai soulevé le paillasson pour le nettoyer. Oui, j'ai découvert que les m&m's aimaient se réfugier dans l'espace sombre et froid entre le tapis et le carrelage. Je ne savais pas que les m&m's savaient se glisser de telle sorte sous les objets. J'espère que vous avez bien ri.
Mais vous savez quoi? Je préfère encore les objets que vous lancez de temps à autre dans notre cave. Les coups du préservatif lancé à la volée au dessus de la porte ou de la canette de bière ouverte étaient extraordinaires. Je pense à vous encore à chaque fois que j'entre dans ma cave en entendant le bruit de mes semelles coller au sol. 
Je me réjouis de découvrir la prochaine idée saugrenue que vous aurez inventé.

Bien à vous,

Votre voisine de palier. 

vendredi 15 mars 2013

courrier rapide pour l'autre bout du monde

Ma très chère Elanor,


Aujourd'hui j'ai commencé plusieurs fois à t'écrire un email. Mais je ne sais pas quoi y dire. Je ne sais pas quoi te dire parce que je ne sais pas s'il y a quelque chose à dire. Je n'ai pas envie de te dire "cela ira mieux", parce que forcément que cela ira mieux, mais ça, tu le sais, et cela ne changera rien à la situation. Parfois j'aimerais pouvoir communiquer mes sentiments par pensée. Comme cela il ne faudrait pas utiliser de mots. Parfois les sentiments sont plus exacts que les paroles. Alors à défaut de trouver les mots pour exprimer mes pensées, j'aimerais juste te dire que je pense très fort à toi. Tous les jours. Même si le fait de penser à toi ne changera rien à ce qu'il se passe pour toi. Et que si l'espace avait une autre dimension, je serai maintenant déjà sur le pas de ta porte avec une plaque de 500g de chocolat. :) 

jeudi 14 mars 2013

Souvenirs, souvenirs - la plaine alluviale part I.

Cher P.
Il y a 8 mois, le 14 Juillet 2012, on était au beau milieu de la Grèce, en Ευρυτανια. On avait dormi à Μικρο Χωριο mini bled pittoresque où les gens ne parlent que le grec (avec un gigantesque platane sur la place du village et de l'eau de source à laquelle la taverne et les ainés du coin remplisent leurs carafes, et qui rafraichit les pastèques), un peu au dessus de Μεγαλο Χωριο (z'ont de l'inventivité dans le coin pour leurs noms de villages). Toute la région est magnifique. Des forêts gigantesques d'Ελατο (de sapins (Abies cephalonica)), des montagnes, des rivières avec des lits alluviaux immenses, etc. etc. Cela doit être pas mal pour randonner (ou aller à la recherche d'arbres gigantesques). 
Toujours est-il que ce funeste matin là, on est partis de bonne heure en direction de Καρπενησι, la grande ville du coin, pour ensuite prendre la route qui part en direction du nord, pour se retrouver sur la rive gauche du grand fleuve qui est de l'autre côté de la montagne à l'ouest de Karpenisi (si vous regardez sur une carte vous verrez très bien de quoi je parle). Tu étais à la recherche d'une plante, dans les alentours. De ce fait, nous sommes sortis (une fois n'est pas coutume) des sentiers battus pour prendre une route terreuse (je précise bien terreuse et pas caillouteuse). Les routes en Grèce étant souvent terreuses dès qu'on sort des routes principales. On s'est engagés sur cette route après Στενωμα. C'est la route qui continue à longer la rivière, au N-W de Sténoma. Elle fait quelques zigzags puis une fourche. La fourche de droite remonte vers le nord pour ensuite traverser la grande rivière. Nous avons pris la route de gauche. Celle qui suit les méandres de la rivière, en direction du sud, en restant sur le flanc gauche. Peu de temps après la bifurcation, la route croise une rivière qui conflue vers la rivière principale. La piste travers le lit graveleux du confluant. La piste terreuse se transforme en lit de rivière fait uniquement de cailloux aplanis un tant soit peu par le passage de véhicules. Oui cher P. C'est là, où en écoutant Simon and Garfunk et par 40°C à l'ombre que tu as roulé trop vite. Tu roulais souvent trop vite d'ailleurs, à mon goût. Surtout dans les virages où tu freinais au dernier instant et sur les routes non goudronnées. C'est là où à l'apogée de la chanson la voiture a fait un bond et a tapé violemment un gigantesque caillou plat et l'a entrainé dans son sillage. J'entends encore le bruit résonner dans mes oreilles, et l'injure que tu as poussée. Oui cher P. Si tu étais allé plus lentement on n'aurait pas rebondi avec autant de force. Si tu étais allé plus lentement, tu aurais vu le gros caillou qui dépassait parmi ses confrères. Tu as regardé sous le capot, coupé le moteur et juré encore plus fort et plus longuement. J'ai eu peur. Effrayée par le bruit gigantesque du caillou percutant la tôle de la voiture et se faisant emporter avec la tonne de la machine. J'ai compris à ce moment l'expression "avoir la chiasse". Parce que mes intestins se sont tordus un bref instant (en passant, j'ai ressenti seulement 3x ce sentiment, dont 2x en ta présence) et  j'avais le coeur qui battait à 200 coups/min. Tu as juré encore plus en voyant la tache d'huile noire qui recouvrait délicatement, mais à une vitesse effrénée les cailloux blancs de la route. Oui cher P. tu avais perforé le réservoir d'huile. Un gros trou béant qui a vidé en peu de temps toute l'huile et qui nous a empêché de redémarrer la voiture. Nous étions loin de la route principale. Loin de tout, et pourtant si proches. De l'autre côté de la rivière nous pouvions entendre le bruit de machines. Il y avait une gravière. Mais la plaine alluviale s'étendait sur une bonne distance à ce niveau là de la rivière et la rivière était rapide et profonde. 
Tu as dit "on fait quoi maintenant?". Je ne savais pas. Mais j'ai improvisé. Je t'ai dit de laisser rouler la voiture en roule libre sur la pente le plus loin possible. Parce que cela nous ferait avancer un peu, au moins. Heureusement nous avions une carte assez détaillée de cette partie de la Grèce. Parce que comme ça nous avons pu définir dans quelle direction était la route principale la plus proche. Elle était tout de même bien loin cette route avec le pont qui enjambait la rivière. Loin en aval. Et il n'y avait pas de village tout près. Sur la rive droite il y avait certes, bien après le pont, et en amont, un minuscule bled nommé Παρκιο. 
Tu as fait rouler la voiture en roule libre et j'ai suivi à pied. Ravalant ma panique. On a sorti nos affaires les plus essentielles de la voiture, j'ai pris le peu de nourriture qui nous restait (parce que c'était déjà le début de l'après-midi et qu'on n'avait pas encore mangé), toute l'eau restante et un chapeau, de la crème solaire et mon sac et nous avons marché. On a laissé la voiture au milieu de la caillasse. Sous le soleil tapant. Tu ne voulais pas manger. Moi j'ai mangé un concombre et une nectarine en marchant. Cela m'a fait du bien. Il faisait tellement chaud que l'air qu'on respirait était plus chaude que mon corps. C'était  un des jours les plus chauds en Grèce cet été là. J'étais trempée au bout de trois minutes. Là, sur les cailloux de la rivière, peut-être qu'il faisait encore plus que 40°C. Nous avons marché, une bonne partie de la route était à découvert. Au soleil. Tu ne disais rien. Je ne sais pas à quoi tu pensais. Après un moment nous avons appelé l'agence de location. J'ai appelé. Moi qui ai peur de téléphoner aux gens, j'ai appelé un type inconnu dans une langue qui n'est pas ma langue maternelle pour lui dire qu'on avait cassé sa voiture neuve et qu'on était paumés au milieu de nulle part. Il n'a pas compris où nous étions. Parce qu'en Grèce pour se situer, il faut donner le nom de la grande ville la plus proche, et pas du prochain micro bled. Il m'a dit de le rappeler lorsqu'on trouverait quelqu'un du coin qui pouvait lui dire en grec où nous étions précisément. Il a bien râlé lorsque je lui ai dit qu'on avait cassé le réservoir d'huile sur sa voiture neuve. J'entends encore sa voix. Et nous avons continué à marché. On a passé un bosquet d'arbres où il y avait une fleur spéciale qui poussait dedans. Aujourd'hui je ne me souviens plus de ce que c'était. Mais je l'ai remarquée et elle m'a aidé à retrouver le chemin au retour, lorsqu'on devait indiquer au garagiste par où passer. Parce que toi, tu n'es absolument pas visuel. On a marché un moment. J'ai gardé ma panique sous contrôle. On n'était pas au milieu de nulle part, on avait eu un contact téléphonique, il nous suffisait de continuer à marcher, peut-être quelques heures, mais on parviendrait à la grande route où l'on arrêterait la première voiture qui passerait (s'il en passait)... Je me souviens d'avoir prié que quelqu'un vienne sur notre piste désertée. Que quelqu'un soit assez fou pour y passer. On a traversé le ruisseau d'un confluant. L'eau était fraiche et douce. On a continué. Tout droit, sous le soleil. J'avais une protection contre le soleil. Toi tu t'enfichais royalement. Tu étais à torse nu et tu cramais. On a continué et la plaine alluviale à notre droite s'est encore élargie. On a du marcher environ une heure et on n'avait même pas fait le tiers du chemin. J'avais ce sentiment de "je vais y arriver, on va se sortir de ce pétrin" dans le ventre. A environ la même distance que la distance entre où on a laissé la voiture et le ruisseau confluant, dans le sens en aval du ruisseau, la piste s'infléchit un peu en direction de l'ouest. un petit mini coude dans la route. Il y avait de l'ombre, et c'est là qu'on a entendu un bruit derrière nous...

La suite un autre jour. 
Je vous laisse avec une photo prise depuis avant l'accident, en surplombant la rivière. 

Vue sur la belle plaine alluviale, en direction du sud. La route est visible sur la gauche entre les arbres. La voiture est morte un peu hors de la photo dans le coin inférieur gauche, parmi les cailloux et la route continue ensuite après être passé entre les arbres le long du flanc gauche de la rivière dans la zone brunâtre, bien sûr à découvert. 



mercredi 13 mars 2013

Tourbillon de pensées

Il neige sur les crocus - tourbillons - je suis restée calfeutrée à l'intérieur tout le jour par flemme intense - j'ai un examen à préparer et à réussir dans 3 jours - 3 semaines que je ne fais que cela (et les cours, et manger et dormir et c'est tout, le reste a été mis en pause) - marre - marre - mare à canard - où est passé l'hiver? J'ai la désagréable impression de l'avoir raté, de ne pas avoir eu le temps d'en profiter du tout - pourquoi ? - Où me mène ce que je suis en train de faire? - tourbillons - Qu'est ce que je vais bien pouvoir faire après ces études ? - Aurais-je un jour assez confiance en moi-même pour être confiante? - la neige m'appelle - Tour du quartier dès que j'aurai fini d'écrire - Marre de la Ville - Désir et besoin de migrer vers l'ouest - Bientôt - Mais bientôt est un terme indéfini - tourbillons - Ecoute d'une chanson grecque en boucle - Un peu peur de commencer mon new job - Vais-je arriver à faire ce qu'on me demande? - Un duo commencé il y a un peu plus d'un mois - Nouvelles sensations - tourbillons - Brouillard dans ma tête - Tant mieux, ne pas trop penser - Je crois que je suis heureuse - Je tournoie dans le tourbillon - Le temps passe vite - tourbillon - tourbillon - tourbillon - je sors du manège. Tout s'arrête et se fixe, le temps d'une seconde et puis repart. 
Tourne, tourne, tourne et volettent les flocons ... 
Il y a des endroits qui donnent envie de s'envoler et de tournoyer parmi les nuages